Sociologie des activités en ligne

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  1 Jean-Samuel Beuscart, Eric Dagiral et Sylvain Parasie Sociologie des activités en ligne (avant propos) Dans son premier numéro paru en 2000, Terrains & travaux  publiait une note critique d’Anne Revillard intitulée « Les interactions sur l’Internet » (Revillard, 2000). Cette  jeune chercheuse s’intéressait alors à des objets qui ne retenaient l’attention que d’un tout petit nombre de sociologues français : les interactions sur les groupes de discussion du réseau Usenet. Rendant compte d’un ouvrage collectif américain intitulé Communities in Cyberspace  (Kollock et Smith, 1999), A. Revillard présentait les premiers résultats de ce domaine de recherches, et faisait deux constats au sujet d’une « sociologie de l’Internet ». Elle remarquait d’abord que les recherches françaises portant sur le web étaient très rares, à l’exception de quelques travaux  pionniers sur les usages 1 . Elle notait ensuite que les travaux nord-Américains, tout en demeurant « quelque peu submergés par leur objet », posaient progressivement des « questions proprement sociologiques » en s’appuyant sur les travaux interactionnistes et ethnométhodologiques.  Neuf ans plus tard, la situation d’une sociologie d’Internet a bien changé. Les chercheurs français se sont emparés de cet objet et ont constitué des communautés autour de questions maintenant bien travaillées : les formes de la communication, des sociabilités et de la coopération ; la transformation des marchés, des entreprises et de la consommation ; les usages de l’Internet par les individus et les groupes sociaux ; les transformations du rapport à la culture et aux médias, etc. Les objets étudiés se sont diversifiés : aux études d’échanges textuels entre internautes se sont ajoutées les enquêtes auprès d’utilisateurs et de concepteurs de sites. Les méthodes se sont enrichies : à côté des études qualitatives ont été développés des outils de représentation de réseaux (pour reconstituer des réseaux de sociabilité de taille importante) ainsi que des dispositifs destinés à étudier les usages d’un nombre très 1  La revue  Réseaux  publiait en 1996 un numéro consacré aux « Usages d’Internet ».  2 important d’internautes. Les débats de sciences sociales concernant Internet sont maintenant structurés autour de questionnements sociologiques relativement solides – qui impliquent également des économistes – et qui sont aujourd’hui assez distincts des questionnements médiatiques sur le sujet. Dans cette introduction, nous rappelons de quelle manière se sont construites, avec une cumulativité certaine, les connaissances sociologiques sur Internet. Notre ambition n’est pas de circonscrire un nouveau sous-domaine des études sociologiques  – on connaît la limite des questionnements centrés sur des objets –, mais plutôt de faire un bilan à destination des chercheurs qui s’intéressent aux « activités en ligne ».  Nous avons été surpris de constater, dans de nombreuses réponses à l’appel à contributions, la relative pauvreté et uniformité des références mobilisées par les travaux ; si pour étudier des interactions en ligne il est toujours utile d’invoquer Goffman, il l’est plus encore de lire les nombreux travaux qui depuis quinze ans montrent les constantes de ces interactions. C’est sur cette cumulativité, paradoxale dans un contexte technique en perpétuelle évolution, que nous souhaitons insister ici.  Notre intention n’est pas de faire une revue exhaustive des recherches publiées sur les activités en ligne, mais plutôt de nous centrer sur la production française, en situant  ponctuellement celle-ci par rapport aux recherches anglo-saxonnes. Compte tenu des articles qui nous ont été proposés pour ce numéro, nous présentons dans cette introduction trois axes principaux de questionnements qui ont constitué, pour les sciences sociales, autant de manières de s’approprier les activités en ligne. Le premier axe a envisagé ces activités sous l’angle de l’interaction et de la communication, le deuxième axe dans la perspective de la coopération et de l’échange économique. Un troisième axe majeur les a abordées sous l’angle de la culture et des pratiques culturelles. Après avoir retracé l’histoire du déploiement de chacun de ces axes, nous  présenterons les articles qui composent ce numéro. Interagir et communiquer sur Internet Les premières recherches françaises sur le courrier électronique, les forums et les  pages personnelles ont été publiées en 1999. Elles s’appuyaient sur une tradition de  3 recherche qui avait émergé dans les années 1980 autour de la revue  Réseaux 2 . Dans ces études, la question des interactions entre usagers et celle de la nature des communautés rendues possibles par ces différentes technologies avaient déjà été travaillées dans le cas du téléphone et surtout du minitel (Jouët, 1989). Quand on retrace l’évolution des analyses ayant porté sur les interactions et les formes de la communication sur Internet, on constate un enrichissement progressif des questionnements et des outils méthodologiques suite à l’apparition des nouveaux dispositifs de communication : après les forums, les pages personnelles, les messageries électroniques et les jeux vidéo en ligne ( multi-user dungeon)  sont apparus les blogs et ensuite les sites de réseau social. La constitution d’un espace de communication À partir de 1999, Valérie Beaudoin et de Julia Velkovska publient une série d’articles sur les forums, pages personnelles et messageries électroniques. En s’appuyant sur l’interactionnisme et l’ethnométhodologie, elles se demandent de quelle manière les  participants aux forums organisent leurs interactions et parviennent à créer un « espace commun d’intercompréhension » en l’absence de toute coprésence physique (Beaudouin et Velkovska, 1999). Étudiant le forum d’un fournisseur d’accès et interrogeant les participants qui y discutent de problèmes informatiques, elles observent que ces forums sont le lieu de la construction d’un « savoir partagé », qui implique une certaine manière de se présenter et de se comporter dans les messages. Ce savoir se cristallise au fil des interactions et rend possible une compréhension entre les participants. L’srcinalité de cette recherche est qu’elle ne porte pas uniquement sur l’observation microsociologique des forums mais cherche à comprendre de quelle manière les forums se positionnent dans les usages parmi les autres dispositifs de présentation de soi (les pages personnelles) et de conversation (messageries, courrier électronique, etc.). Dans une veine ethnométhodologique, J. Velkovska étudie ensuite les formes de relation qui se nouent sur les chats  (Velkovska, 2002). À partir d’analyses de conversation et d’entretiens avec des chatteurs , elle veut comprendre comment des relations peuvent se développer et se 2    Réseaux  publie en 1999 un dossier intitulé « Internet : un nouveau mode de communication ? ».  4 maintenir durablement dans un contexte où seule l’écriture numérique est accessible aux individus. Elle intervient elle-même sur les chats de façon à faire émerger les règles de l’interaction sur le mode des « expériences déstabilisantes » de Garfinkel. Elle fait ainsi apparaître plusieurs obligations qui rendent possible l’émergence d’un espace commun : celle d’envoyer constamment des messages ; celle d’interagir en continu sur le mode question/réponse ; celle de se présenter (âge, sexe, ville). Les relations durables entre les participants ne peuvent se développer, poursuit-elle, sans la création, par chaque chatteur  , d’un « personnage électronique » qui constitue le  point d’appui aux échanges (pseudo, profil, utilisation de termes textuels pour décrire des actions ou des effets sonores, etc.). Ce résultat se confirmera au fur et à mesure des recherches sur les dispositifs de communication ultérieurs : la communication en ligne n’est jamais purement anonyme, elle s’opère toujours entre des personnages électroniques plus ou moins élaborés. Par rapport aux recherches anglo-saxonnes menées à la même époque et qui partagent un même cadre théorique (Donath, 1999), ces premiers travaux français ont comme particularité de varier les méthodes en ayant largement recours aux entretiens avec les internautes (et même à des questionnaires), et de ne pas directement s’inscrire dans les débats sur les communautés virtuelles. A partir de 2004, l’expansion considérable des blogs, qui articulent dans un même espace des outils d’autopublication (pages ou sites personnels) et des outils de communication collective (forums, listes de diffusion), a donné lieu à des recherches qui ont enrichi ces questionnements. À la problématique de l’organisation de la communication se sont ajoutées des questions sur l’exposition de soi et sur le rapport de l’auteur du blog à son « public ». S’intéressant à ce qu’on appelait alors les « journaux intimes », les premiers travaux français posent la question des tensions impliquées par l’exposition publique d’une intimité. Mobilisant le cadre théorique du  pragmatisme et des régimes d’engagement, l’article de Matthieu Paldacci publié dans Terrains & travaux  en 2003 explore les registres d’argumentation mobilisés par les auteurs (mondes de l’intime, du familier, du public, de l’écriture). Procédant à des analyses textuelles de corpus et à des entretiens avec les « diaristes », il pointe les normes sous-tendant le « pacte de lecture » spécifique entre le « diariste » et son  public. Pour le diariste, son lecteur « est à la fois quelqu’un d’extérieur, d’inatteignable, et simultanément quelqu’un qui partage des valeurs (« le pacte de lecture, c’est une lecture sympathique »), que l’on côtoie quotidiennement par des  5 conversations électroniques, dans le cadre de messages laissés sur un livre d’or, la  fréquentation de forums communs…  ». D’autres études ont ensuite montré, dans une approche de sociologie des usages, de quelle manière les adolescents utilisent les  skyblogs  pour communiquer avec leurs pairs (Fluckiger, 2006). À partir d’une ethnographie menée dans un collège de la région parisienne, d’entretiens menés auprès des collégiens et d’une analyse de blogs, le sociologue montre que les adolescents relient leurs blogs les uns aux autres à la fin du collège autour de leurs groupes de pairs (via les blogroll   et les commentaires croisés), et échangent quotidiennement autour de leurs préférences (musicales, vestimentaires, etc.), de leurs activités communes et de la mémoire du petit groupe. D’autres recherches ont plus  particulièrement porté sur l’utilisation des blogs par des militants ou des citoyens  portant une parole politique. Certains de ces travaux ont innové au plan méthodologique. C’est notamment le cas de Guilhem Fouetillou qui a constitué un corpus de sites et de blogs évoquant le traité constitutionnel européen lors de la campagne de 2004 (Fouetillou, 2007). Utilisant la méthode du « crawling   » – qui  permet d’explorer le web en suivant les hyperliens puis d’indexer le contenu des  blogs –, il a montré l’existence d’une « communauté hypertextuelle » de blogs opposés au traité. Particulièrement développée, cette communauté de blog s’articulait à un ensemble de sites appartenant à une « nébuleuse altermondialiste ». L’article de Dominique Cardon et Hélène Delaunay-Téterel intitulé « La production de soi comme technique relationnelle » (2006) a constitué une référence importante en proposant une synthèse particulièrement utile des recherches ayant porté sur les journaux intimes, les blogs adolescents ou les blogs politiques. Le blog, écrivent-ils, peut être considéré comme un outil de communication permettant des modalités variées et srcinales de mises en contact. Prenant appui sur une sociologie pragmatique et sur les études de la prise de parole publique (pas seulement sur Internet), les auteurs  proposent une typologie des blogs selon le type de relation qu’ils cherchent à instaurer avec leur public. Ils distinguent quatre manières idéal-typiques de relier dans le blog une forme d’énonciation avec une relation avec le public des lecteurs et autres  blogueurs : la « communication des intériorités » (un énonciateur anonyme évoque sa vie intime), la « communication continue » (des familiers ou de petits groupes d’adolescents s’adressent les uns aux autres), les « affinités électives » (l’énonciateur expose une passion ou une activité dans laquelle il a développé une expertise) et l’« espace public critique » (l’énonciateur prend la parole en tant que citoyen). Par
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